Il pourrait être mon enfant

Il pourrait être mon enfant.

Il est l’enfant d’une autre, mais aujourd’hui il ne vit plus, parce que les flots ont eu raison de lui. Les flots qui, eux- mêmes n’ont rien demandé, c’est leur nature d’être mouvants, d’engloutir, de rejeter. Le flot n’est pas empathique. L’être humain, en revanche, est censé l’être.

L’être humain qui prétend maitriser la planète mais qui ne maitrise plus son bon sens dès lors qu’il s’agit de fraternité.

L’être humain qui continue, depuis des siècles, à faire passer certains intérêts non indispensables devant d’autres enjeux liés à la vie, à la survie. L’être humain qui n’a toujours pas réglé le problème de la faim à l’échelle mondiale mais qui se plaint à chaque instant que sa connexion est trop lente. La caricature est volontaire et cet être humain méprisable est une simple représentation de nos pires travers. Mais il existe, de fait.

Il pourrait être mon enfant.

Lui aussi peut être vu comme un symbole, une représentation, au-delà même de son individualité. J’ai envie de pleurer pour ce qu’il est ET pour tous ceUX qu’il représente.

On entend déjà crier sur tous les réseaux sociaux : « Et les problèmes en France ? Et les autres enfants qui meurent chaque jour pour tant de raisons dans le monde ? et pourquoi ils fuient leurs pays, c’est dangereux ils le savent, et pourquoi ils ne se battent pas, et on n’a pas de place!!! » Ou pire encore : « pas de compassion, on a d’autres problèmes ici. » Se retenir de répondre à ces commentaires de haine, écrits par des gens qui ont la chance de ne s’être jamais noyés, déjà. Puis, de ne pas être nés là-bas, dans ces conditions. Ces internautes qui hiérarchisent les priorités derrière leur clavier. Qui, à chaque fois qu’un drame arrive, se sentent obligés de rappeler à l’ordre des interlocuteurs imaginaires, de s’acharner : « ah ben ils sont où les Charlie hein ! » « Encore une préoccupation de bobos ! ils vont régler le problème eux-mêmes peut-être » ?

STOP. CHUT.

Il pourrait être mon enfant.

Je m’autorise à pleurer tant que j’en éprouverai le besoin sur son sort. Je m’autorise à penser que tous ceux qui ne respectent pas cette peine-là sont des monstres, je suis un être humain qui souffre pour d’autres êtres humains et je ne comprends pas la haine que peut dégager la souffrance d’autrui. Je m’autorise à ne me justifier auprès de personne quant à ce chagrin. Je m’autorise à réaffirmer que les gens qui diront « oui, mais ce n’est pas le seul, d’autres enfants sont morts, et en France bla bla bla, et s’il il faut une photo pour faire réagir alors où va le monde tsss» n’ont pas compris la spontanéité d’un chagrin sincère d’un être humain pour un autre être humain.

OUI, d’autres enfants, d’autres guerres, d’autres morts, d’autres injustices.

OUI, MAIS.

Il pourrait être mon enfant. Je l’ai vu, j’ai été surprise par l’image, et face à ce sentiment de tristesse qui m’envahit, je ne peux rien faire d’autre que pleurer pour lui.

Il pourrait être mon enfant.
Mais mon enfant, à l’heure où j’écris, n’a pas à fuir son pays. Mon enfant mange à sa faim, chaque jour. Mon enfant écoute de la musique, babille, court, fait des caprices, expérimente, s’épanouit. Mon enfant a cette chance que ce petit garçon n’a pas eue.

Repose en paix, petit homme.

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